Dépression post-partum : je suis triste alors que je viens d'accoucher

18/7/2022
entraide santé mentale
Clara
·

Vous êtes sur le point d’accoucher ou vous venez de donner la vie, “la plus belle chose au monde” selon tous les dires de vos proches, et pourtant vous vous sentez terriblement triste et vide. Les pleurs de votre enfant sont un supplice, vous ne savez plus comment le calmer et vous vous sentez terriblement fatigué.e.

La naissance d’un bébé entraîne très souvent de vives émotions, allant de l’excitation et de la joie à la peur et l’anxiété. Il arrive parfois que certains parents ne vivent pas l’arrivée de leur enfant comme un bonheur ultime, cela peut même déclencher une maladie : la dépression post-partum.

Selon cette étude publiée en 2009, la dépression post-partum toucherait plus de 15% des femmes. Plusieurs facteurs permettraient d’expliquer cette maladie et la prévalence de certaines personnes plutôt que d’autres.

Dans cet article, Mosaik vous explique ce qu’est la dépression post-partum, comment la reconnaître et quelles sont les causes de son apparition.

Comprendre la dépression post-partum

Qu’est-ce que la dépression post-partum ?

La dépression post-partum, également appelée dépression post-natale, est une maladie mentale qui affecte votre cerveau, votre comportement et votre santé physique.

Selon le DSM-5, un manuel qui référence les caractéristiques des troubles psychiatriques, on parle de dépression post-partum lorsque les symptômes perdurent plus de quatre semaines consécutives. Il est important de savoir que la dépression post-partum peut se déclencher jusqu’à un an après la naissance du bébé.

Bien plus qu’une simple déprime, ou un baby blues, la dépression post-natale est une pathologie qui nécessite un accompagnement médical.

Contrairement aux idées reçues, la dépression post-partum peut également toucher les hommes. En effet, bien que cette pathologie apparaisse davantage chez les femmes, il y aurait environ 8% de nouveaux papas qui développeraient les symptômes de la dépression post-natale.

Quelle est la différence entre la dépression post-partum et la psychose post-partum ?

Contrairement à la dépression post-partum, la psychose post-partum, également appelée psychose puerpérale, est un trouble psychiatrique grave. Le plus souvent, il intervient dans la semaine qui suit l’accouchement.

Il s’agit d’une pathologie rare avec des symptômes bien plus sévères que ceux de la dépression post-partum et bien plus spécifiques, tels que :

  • des hallucinations,
  • des pensées paranoïaques,
  • un état confusionnel important,
  • une désorientation.

En termes de gravité, la psychose puerpérale est considérée comme plus dangereuse que la dépression post-partum puisqu’elle peut conduire à des pensées ou à des comportements suicidaires. Selon cette revue de 2019, la psychose post-partum toucherait une à deux femmes sur mille.

Quelle est la différence entre la dépression post-partum et le baby blues ?

Le baby blues est une déprime passagère durant les quelques jours qui suivent l’accouchement. Concernant uniquement les mamans, le baby blues dure entre 3 et 5 jours. Il s’agit d’une réaction naturelle qui s’explique par les changements physiques, psychologiques et hormonaux liés à l’accouchement.

Les principaux symptômes du baby blues sont :

  • irritabilité,
  • crises de larmes,
  • manque d’énergie,
  • peu d'intérêt pour n’importe quelle activité.

Ainsi, le baby blues se différencie de la dépression post-partum essentiellement car ses symptômes ne durent que quelques jours, qu’ils sont moins intenses mais également parce qu’il ne concerne que les femmes. En effet, contrairement au baby blues, la dépression post-partum peut également toucher les hommes.

Quels sont les symptômes de la dépression post-partum ?

Les symptômes communs à tous les autres types de dépression

La dépression post-partum génère les mêmes symptômes qu'un trouble dépressif habituel, c’est-à-dire :

  • Fatigue extrême ;
  • Troubles du sommeil ;
  • Irritabilité ;
  • Tristesse et désespoir ;
  • Changements d’appétit ;
  • Perte de libido ;
  • Troubles de la concentration ;
  • Anxiété.

Vous retrouverez ici un article sur les principaux symptômes de la dépression.

Toutefois, certains symptômes sont spécifiques à la dépression post-partum et c’est ce qui permet de la distinguer des autres types de dépression.

Avoir la sensation d’être un mauvais parent

Il s’agit de l’une des plus grosses peurs de chaque parent : ne pas être à la hauteur pour son enfant. Cette peur d’être un mauvais parent est créée par une pression personnelle et sociale.

Dans le cadre de la dépression post-partum, la pression d’être un bon parent est telle qu’elle crée parfois des mals êtres intenses. Ainsi, la personne souffre de sa peur de ne pas être le parent qu’elle aurait toujours rêvé d’être pour son enfant.

Cette peur de l'échec personnel favorise le cercle vicieux de la dépression : la sensation de ne pas être à la hauteur peut agrandir le sentiment de désespoir et de tristesse.

Ne pas ressentir suffisamment fort le lien magique avec son enfant

L’image de la naissance est prédéfinie par la société : les parents rencontrent leur enfant à la naissance et dès l’instant où ils le voient, une vague d’amour inconditionnel les envahit. Pourtant, il arrive que certains parents ne ressentent pas ce sentiment particulier et qu’au contraire, ils ne se sentent pas proches de leur bébé. Si ce phénomène peut se produire relativement souvent, il dure la plupart du temps quelques jours seulement.

Toutefois, il arrive que ce sentiment perdure et finisse par être source de souffrance et de honte. Une série de remises en question peut être alors faite par le parent : pourquoi je n’aime pas mon enfant ? , suis-je un parent indigne ?”, etc.

Lors d’une dépression post-partum, ce sentiment est symptomatique de la maladie. C’est notamment cette sensation associée à d’autres symptômes qui alertent les médecins quant à un potentiel diagnostic de dépression post-partum, plus qu’un simple baby blues.

Quelles sont les causes de la dépression post-partum ?

Les causes de la dépression postnatale peuvent être multiples.

Les changements hormonaux liés à la grossesse et à l’accouchement

Lors de la grossesse, puis après l’accouchement, une série de changements hormonaux ont lieu dans le corps des femmes. Les deux hormones principales de la grossesse sont l’estrogène et la progestérone.

  • L’estrogène : cette hormone est sécrétée par les ovaires et agit directement sur l’utérus pour que ses parois s’épaississent. Aussi, l’estrogène va activer la circulation sanguine et entraîner la diffusion d’autres hormones nécessaires au développement du bébé.
  • La progestérone : elle permet le bon développement du fœtus et permet la préparation des seins à l’allaitement.

Au moment de l’accouchement, le niveau de ces deux hormones chutent drastiquement. Ce chamboulement hormonal a un effet direct sur l’humeur et les émotions de la mère. Ainsi, selon les profils, la chute d’hormones est vécue plus ou moins bien et peut parfois donner lieu au début d’une dépression post-partum.

Les difficultés à gérer les émotions liées à l'événement

La grossesse et la naissance d’un enfant sont des événements forts d’une vie. Ils sont très souvent sources d’angoisses et d’inquiétudes. Par ailleurs, les nouveaux parents sont envahis d’une multitude de questions : vais-je être capable de bien m’occuper de cet enfant ? ; suis-je à la hauteur ?...

En plus de ces inquiétudes, s’ajoute parfois la sensation de ne plus avoir le contrôle de sa vie, d’être devenu un robot : chacun de vos mouvements est guidé par les désirs du nouveau-né et vous avez de plus en plus de mal à gérer cette situation.

Enfin, la période post-natale est extrêmement fatigante : le bébé ne dort que très rarement la nuit et les nerfs sont mis à rudes épreuves.

Tous ces facteurs associés favorisent l’apparition des symptômes dépressifs.

L’arrivée d’un enfant chamboule les habitudes de vie

L’arrivée d’un enfant est un changement de vie majeur : les habitudes de vie sont chamboulées et il n’est plus possible de revenir en arrière.

Les parents doivent apprendre un nouveau rôle, adopter une nouvelle identité. Cette étape peut être plus au moins compliquée : si elle est innée chez certaines personnes, la transition peut parfois être plus difficile chez d’autres.

Aussi, la naissance d’un bébé provoque souvent une remontée des souvenirs de l’enfance. Cette période peut être source de bouleversements émotionnels intérieurs : cela peut rappeler des mauvais souvenirs qui seront associés à des sentiments de tristesse.

Enfin, le couple est parfois mis à rude épreuve, la communication peut s'avérer difficile et il arrive que les disputes soient plus récurrentes.

Ainsi, toutes les habitudes sont modifiées ce qui rend la situation plus instable, le parent peut alors potentiellement développer des symptômes dépressifs.

3 facteurs qui favorisent la dépression post-partum

Si les causes de la dépression peuvent être multiples et restent parfois floues, ils sembleraient qu'il existe des facteurs antérieurs à la naissance, voire à la grossesse, qui augmenteraient le risque de développer une dépression postnatale.

Facteur 1 : vous avez déjà connu des troubles dépressifs ou vous avez des antécédents familiaux

Selon vos antécédents familiaux, il est plus ou moins probable que vous développiez une dépression. D’après cette étude publiée en 2005, deux familles ont été comparées sur plusieurs générations, l’une avec des antécédents dépressifs et l’autre sans aucune pathologie particulière.

Les résultats ont montré que les nouvelles générations issues de la famille avec des antécédents dépressifs avaient une plus grande prévalence au développement d’un trouble dépressif majeur.

Il en est de même pour la dépression post-partum : avoir déjà connu des épisodes dépressifs ou alors être issu d’une famille avec des antécédents favoriseraient l’apparition de symptômes.

Facteur 2 : vous avez fait face à des problèmes médicaux durant la grossesse ou après la naissance du bébé

Avoir connu des complications médicales au cours de sa grossesse ou après la naissance de l’enfant a pu favoriser l’apparition de la dépression. En effet, les problèmes médicaux sont sources d’angoisses qu’il s’agisse du bébé ou de la mère.

Plus inquiet, angoissé constamment et effrayé à l’idée qu’il arrive du mal à votre enfant ou alors que vous ne soyez plus en mesure de vous en occuper : ces pensées vous obsèdent. Ce mécanisme peut favoriser l’apparition de la dépression post-natale car il est souvent associé à la fatigue de l’accouchement et des premiers mois avec le bébé.

Facteur 3 : vous avez vécu des événements stressants récemment

Les événements courants de la vie peuvent être vécus différemment selon les personnes. Ainsi, certains changements ou situations créent parfois des tensions et des obsessions qui finissent par affaiblir la santé mentale d’une personne.

On retrouve les situations suivantes :

  • un déménagement,
  • des difficultés financières,
  • le décès d’un proche,
  • l’arrêt du travail,
  • un accouchement difficile.

Autres facteurs de la dépression post-partum

Enfin, la dépression post-natale peut être causée par pleins d’autres facteurs plus minimes qui, lorsqu’ils sont cumulés, peuvent créer des troubles dépressifs.

Ainsi, les autres facteurs de la dépression post-partum sont :

  • Avoir un bébé difficile : votre nourrisson pleure très souvent sans qu’il y ait de réelles explications ;
  • Être extrêmement fatigué ;
  • Ne pas se sentir soutenu par ses proches et / ou son conjoint ;
  • Avoir des difficultés pour allaiter.

Comment faire face à la dépression post-partum ?

Pour combattre la dépression post-partum, il existe les mêmes traitements que pour un trouble dépressif habituel : les médicaments et les psychothérapies. Afin d’être soigné le plus rapidement possible, il est primordial de consulter l’avis d’un professionnel de santé.

Dans le cas où vous êtes diagnostiqué dépressif, le médecin vous guidera vers la solution la plus adaptée. Par exemple, des anxiolytiques sont prescrits chez certaines femmes très anxieuses après leur accouchement.

Pour aller plus loin, vous trouverez ici un guide complet sur les traitements de la dépression nerveuse.

Comment prévenir l’apparition de la dépression post-partum ?

Enfin, il est possible de prévenir l’apparition de la dépression post-natale. En effet, si vous avez des antécédents dépressifs et que vous envisagez de tomber enceinte, parlez-en avec votre médecin : il pourra vous suivre tout au long de votre grossesse et après votre accouchement afin de surveiller l’apparition de quelconques symptômes dépressifs.

Pendant votre grossesse, votre médecin vous demandera de remplir un questionnaire de dépistage de la dépression. Il s’agira de sonder l’éventuelle survenue d’une dépression post-partum.

Après la naissance de votre enfant, il est possible de réaliser des examens post-partum qui serviront à déceler les signes et les symptômes de la dépression post-natale. Il est important de savoir que plus vite votre pathologie est diagnostiquée, plus vite elle sera soignée. En effet, la mise en place de traitements médicamenteux ou bien de psychothérapies montre rapidement ses bienfaits.

Aussi, ne vous oubliez pas : vous avez le droit d'être fatigué, d'avoir parfois envie d'abandonner. La parentalité est un exercice nouveau et très compliqué à gérer. Écrire dans un journal vos émotions, vos sensations vous permettra de libérer votre charge mentale et peut-être de vous sentir mieux. 

Conclusion

La dépression post-partum est une maladie avec des symptômes envahissants et difficiles au quotidien. Il est primordial de la détecter le plus tôt possible. Ainsi, il faut savoir la différencier des autres pathologies post-accouchements telles que le baby blues ou encore la psychose puerpérale.

Cette maladie, bien qu’il existe des facteurs qui favorisent son apparition, peut toucher toutes les femmes. Par conséquent, il est judicieux de faire un examen de contrôle après la naissance de votre enfant. Pour rappel, la dépression post-natale concerne également les pères.

Sachez que si vous souffrez de dépression post-partum, il existe des solutions : nous vous conseillons de demander de l’aide autour de vous et d’aller consulter un médecin qui saura vous écouter, vous comprendre et vous guider vers le traitement le plus adapté.