Podcast Episode 7 : Arthur, pouvoir être compris et vivre avec son agoraphobie

20/10/2021
entraide santé mentale
Quentin
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Arthur a toujours vécu avec son agoraphobie. Il nous raconte dans ce podcast son quotidien handicapé par cette anxiété face à l’éventualité de se trouver dans des situations ou des endroits sans possibilité d’obtenir de l’aide

Arthur se livre sur ses difficultés liées à son agoraphobie : se faire comprendre par son entourage, trouver un professionnel de santé qui le comprend et pose le bon diagnostic, apprendre à vivre avec ce trouble et gérer ses crises d'angoisse. Il se confie également sur ce qui l'a aidé à mieux vivre et accepter son trouble. 

Un podcast touchant mais également un joli message d'espoir, merci Arthur de ton témoignage!

Mosaik : Bonjour Arthur, merci de nous accorder de ton temps et ta confiance. Est-ce que pour commencer, tu peux te présenter en quelques mots de la façon dont tu le souhaites ?

Arthur : Alors voilà, je m'appelle Arthur, j'ai 26 ans, je viens de Montpellier et je viens de terminer des études dans la comptabilité. Si je suis là aujourd'hui, c'est pour parler de mon agoraphobie.

 

Mosaik : D'accord, merci beaucoup. Pour rappel, pour ceux qui nous écoutent, l'agoraphobie, c'est la peur de se retrouver dans un endroit ou dans une situation dans laquelle il serait difficile d'être secouru si jamais il nous arrivait quelque chose. Est-ce que tu peux nous expliquer comment est-ce que ça se manifeste chez toi ? 

Arthur : Tu as très bien résumé. Alors comment ça se manifeste chez moi ? En fait, depuis tout petit, je fais des crises d'angoisse. C'est apparu à l'école primaire. Déjà, j'avais du mal en classe, je ne me sentais pas très bien avec des montées de stress. Au fur et à mesure des années, je me suis rendu compte aussi que dans les transports en commun, c'était vraiment dérangeant pour moi. Je ne me sentais pas à l'aise, j'étais vraiment pas bien. Et puis, je me suis rendu compte qu'en fait, je n'arrivais pas à me sentir à l'aise dans la foule, en présence d'une foule. Donc voilà, ça ressemble un peu à tout cela.

D'ailleurs, pour l'anecdote, j'ai pris une seule fois l'avion depuis que je suis petit. C'était pour aller sur Paris avec mes parents donc un trajet qui était relativement court. Mais c'était quand même pour moi une épreuve très, très, très dure à surmonter. C'était clairement les deux ou trois heures les plus longues de toute ma vie. C'est vraiment une peur de l'insécurité, de ne pas pouvoir être secouru. Et j'avais vraiment cette sensation affreuse dans cet avion. Et depuis ce jour-là, je n'ai plus jamais repris une seule fois l'avion de toute ma vie.

 

Mosaik : Est-ce que tu peux nous dire ce qui se passe dans ta tête dans les moments de crise ? A quoi tu penses ? Est-ce que tu as peur de mourir ? Est-ce que tu as peur qu'on ne puisse pas te sauver ? Qu'est ce qui se passe exactement ?

Arthur : En fait, c'est très bizarre, mais j'ai constamment peur qu'il m'arrive quelque chose, et encore plus quand je me trouve dans une des situations que j'ai pu te citer précédemment. Que ce soit à l'école, quand je suis enfermé dans une classe, dans les transports en commun, ça peut être le bus ou encore l'avion, comme on en a parlé. Mais aussi lors d'une manifestation à l'extérieur quand il y a énormément de monde et que je suis dans la foule parce qu'en fait, je me dis que dans ces situations-là, il sera très difficile d'avoir accès à du secours, à quelqu'un qui puisse me porter assistance. C'est pour ça que je me sens vraiment très, très mal.

Et là où je me sens le mieux, c'est vraiment dans les pharmacies, la salle d'attente d'un cabinet médical ou même encore à l'hôpital. C’est sûr que ça peut faire rire, mais en fait, je me sens vraiment en sécurité là-bas. Et pour le coup, ça, c'est vraiment le truc en plus mais j'habite au-dessus d'une pharmacie et vraiment, je me sens vraiment rassuré parce que je me dis que si jamais il m'arrive quelque chose, je sais qu’ils ne sont pas loin et que je pourrais leur demander conseil et qu’ils pourront m'aider à me sortir de cette situation. Pour te dire, j'ai toujours peur quand je suis à l'extérieur, par exemple, de tomber dans les pommes, de faire un malaise. C'est pas de l'hypocondrie, mais voilà, je me sens toujours mal à l'aise en présence d'une foule.

 

Mosaik : Et comment as-tu eu le diagnostic de l'agoraphobie ? Parce qu'on pourrait penser que t'es simplement anxieux ou simplement que tu fais des crises d'angoisse de temps en temps. Comment est-ce qu'on a posé le diagnostic?

Arthur : Pour tout te dire, ça a été très, très compliqué. J'ai d'abord vu mon médecin traitant qui m'a prescrit des anxiolytiques. C'était un traitement qui était ponctuel et que je devais prendre à chaque fois que mes crises arrivaient. Mais vu que mes crises étaient très, très régulières, j'en ai pris un peu plus souvent que prévu. Ce traitement, ça n’empêchait pas du tout les crises d’arriver, au contraire. Moi, je voulais vraiment savoir pourquoi j'avais ces crises. Donc, on m'a orienté vers un premier psychiatre. Ce n'était pas très concluant parce qu’il m’a seulement diagnostiqué de l'anxiété et m’a prescrit les mêmes anxiolytiques. Et c'est un peu plus tard que j'ai pu travailler avec une psychologue qui, elle, m'a expliqué ce que c'était. Et c'est là qu'elle m'a parlé pour la première fois d'agoraphobie. On a beaucoup discuté et je me suis beaucoup reconnu dans ce qu'elle me racontait et ça m'a vraiment fait du bien pour comprendre mon problème.

 

Mosaik : Et je me demandais comment ta famille a réagi à l'annonce du diagnostic? Est-ce que déjà tu as pu leur en parler ? Et si oui, qu'est-ce qu'ils en ont pensé ? Est-ce qu’ils se sont intéressés ? Est-ce qu’ils ont compris ?

Arthur : Alors, pour le coup ma famille, c’était un peu particulier. En fait, ma mère m'a toujours suivi, toujours accompagné depuis tout petit. Elle était toujours présente pour me rassurer lors de mes crises et essayer de comprendre pourquoi. Alors que mon père était plus rationnel. Pour lui, c'était que dans la tête, mes crises c'était parce que  je stressais pour rien. Donc c'était vraiment pas simple. Il y a eu quelques conflits par rapport à ce sujet.

Mais à partir du moment où le diagnostic est tombé et qu'on a vraiment commencé à parler d'agoraphobie, mes parents se sont ralliés derrière moi et ils m'ont vraiment soutenu et accompagné pour essayer de vaincre l’agoraphobie. Mon père a compris que c'était pas seulement dans ma tête. Du côté de mes amis, alors j'ai très peu d'amis. J'ai un bon petit groupe de deux, trois personnes. Ils m'ont toujours soutenu et sont mes amis d'enfance que je connais depuis l'école primaire. On a grandi dans le même village, du coup, on était ensemble, ils ont commencé à voir mes crises très, très jeune. Ils m'ont toujours soutenu, toujours accompagné. Ils ne m'ont jamais jugé et au contraire, ça m'a fait beaucoup de bien d'être accompagné et d'être compris par mes amis les plus proches, parce que ça m'a permis de me sentir en sécurité dans certaines situations.

 

Mosaik : C’est trop bien que ton père ait réussi à comprendre et que tu aies des amis sur lesquels tu puisses compter, ça me fait plaisir pour toi. Et aujourd'hui, comment tu vas ? 

Arthur : Alors aujourd’hui, je suis très content parce que ça va beaucoup mieux. Alors je fais encore des crises, évidemment. Je prends beaucoup moins de médicaments quand même. J'arrive un peu mieux à gérer certaines situations, gérer mon stress, gérer mes crises. Je m'adapte un peu mieux aux situations. Ca m'a fait beaucoup de bien d'en parler, le fait de comprendre ce qui m'arrivait aussi. Comme on en parlait juste avant le soutien de ma famille, de mes amis m'a fait beaucoup de bien du moment que le diagnostic est tombé. Je me sens mieux, j'arrive un peu mieux à gérer tout ça et ça fait vraiment du bien de pouvoir être compris et de pouvoir vivre avec tout ça.

 

Mosaik : OK tant mieux si tout va mieux pour toi aujourd'hui. Est-ce que tu aurais un petit mot de la fin à dire pour les personnes qui nous écoutent ? Un conseil, un message que tu as envie de faire passer ?

Arthur : En fait, si j'avais un conseil à donner aux personnes qui souffrent comme moi de d'agoraphobie, ça serait de tout d'abord ne pas hésiter à en parler. Que ce soit à ses proches, sa famille, ses amis, mais aussi à des professionnels. C'est jamais simple, on se sent toujours un petit peu inférieur, mais il ne faut pas du tout se sentir comme ça. Au contraire, ça m'a fait beaucoup de bien d'en parler, de me sentir compris, de me sentir soutenu. Et je pense que c'est le plus important dans ces situations là pour nous permettre d'avancer, de grandir et de vivre avec.

 

Mosaik : OK, merci beaucoup Arthur, en tout cas pour ce joli message. Et puis, merci aussi pour ton temps et ta confiance.

Arthur : Merci beaucoup, en tout cas pour l'invitation, avec grand plaisir.