Ils ont guéri d'un trouble anxieux généralisé, ils en témoignent

11/3/2021
entraide santé mentale
Elisa
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Crises d’angoisses, peur panique de mourir, de devenir fou... le TAG (trouble anxieux généralisé) prend des formes différentes. Si l’anxiété est normale et fait partie de la vie, le trouble anxieux est une pathologie très handicapante. C’est le cas de Samantha 22 ans, étudiante et de Hatim, 35 ans, chef d'entreprise. Après de longs jours noircis d’anxiété, ils s’en sont sortis. Pour Mosaik, ils acceptent de témoigner.

Qu'est ce qui a déclenché leur anxiété ?

"Lorsque mon grand-père est mort dans la maison, d’une crise cardiaque, je n’ai jamais pu enlever de ma tête l’idée que nous étions si proches de la mort". Deux ans après le dramatique événement, Hatim a 17 ans et est en cours de biologie quand soudain, sa respiration s’accélère et son cœur s’emballe. Il ne le sait pas encore, mais il fait une crise d’angoisse. Se suit alors une pluie de symptômes qui renforcent son inquiétude : vertiges, nausées, douleurs abdominales, migraines... il se pense atteint d’une grave maladie. Après de nombreux examens médicaux, le bilan tombe : physiquement tout va bien. 

Pour Samantha, c’est aussi au lycée que naissent ses crises de panique. "En cours, j’ai été soudainement prise de nausées et de tachycardie. Je n’arrivais plus à respirer et j’avais l’impression que je devenais folle et que cela durerait toute ma vie". L’angoisse s’installe progressivement jusqu’au jour où devant les grilles du lycée, elle n’arrive pas à y rentrer. Elle quitte le lycée plusieurs semaines et se retranche chez elle "c’est le seul endroit ou je me sentais bien". Mais petit à petit, le trouble anxieux s’invite, ne lui laissant plus d’autre choix que de l'affronter. 

Sarah Peyrebesse, future psychologue, explique que si il n’y a pas de causes spécifiques à l’anxiété, les profils se rejoignent en un point précis : "les anxieux sont intolérants à l’incertitude. De cette intolérance, va découler une inquiétude. Que ça soit sur un problème qui pourrait exister, comme un problème qui a d’infimes chances d’arriver". À force d’imaginer le pire, l’anxiété devient une pathologie et coupe les patients de toute sérénité. 

Selon le DSM5, le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, le trouble anxieux généralisé peut aussi être induit par des substances, des médicaments ou encore être le résultat d’autres maladies. L’hyperthyroïdie par exemple augmente le taux d’hormones dans le corps et par conséquent le taux d’anxiété.

Un handicap au quotidien 

Bac en poche, Hatim déménage à Paris pour poursuivre sa scolarité en classe préparatoire. Il vit alors un véritable enfer pendant de longs mois. Il dort entre chaque cours, évite les situations sociales : "Je survivais. Les cours me paraissaient si simple à côté de mes pensées. Je ne me sentais jamais en paix". Il prend sur lui, et épuisé de vivre avec ses angoisses et de le garder pour lui, il se convainc qu’il a une grave maladie. 

Pour Samantha, les symptômes sont particulièrement durs : "Je ne pouvais pas lire, écouter de la musique ou écrire tant mes angoisses prenaient toute la place". Avec ce handicap quotidien, elle développe des symptômes dissociatifs bien connus du trouble anxieux généralisé tels que la dépersonnalisation (impression d’être étranger à soi, comme dans un film) et la déréalisation (impression que le monde est étrange). Mêlant ses symptômes à son trouble anxieux, elle se pense folle et désespère. Incapable de manger, elle perd 8 kilos. Ses parents, inquiets, l’emmènent voir une psy. Trouble psychologique, découlent du trouble anxieux généralisé des symptômes variés : "tensions musculaires, sensation d’être survolté, difficultés de concentration, troubles du sommeil, perte d’appétit, il y en a beaucoup et de toutes formes" explique S.Peyrebesse. 

Comment soigner un trouble anxieux généralisé?

"Si je n’avais pas été voir une psy, je ne pourrais pas réguler mon anxiété aujourd’hui" explique Samantha. En alliant TCC (thérapie comportementale et cognitive), et travail sur elle-même, elle se crée quotidiennement des objectifs. En les atteignant, elle arrive progressivement à retrouver confiance en elle. Elle s’inscrit à la fac et valide en même temps un diplôme de correctrice à distance. "J’étais déterminée à y arriver. Je ne voulais pas que l’anxiété empiète sur mon avenir. A force de petits objectifs pour de petites victoires, j’ai fini par gagner la bataille et valider mon année".

Femme anxieuse réconfortée par son psychologue

C’est grâce à son psychiatre que Hatim prend conscience d’être atteint d’anxiété. Le médecin lui prescrit alors un traitement à base d’antidépresseurs qui le sauve. "Je me sentais revivre !" s’exclame-t-il. Ces temps durs le forcent à remettre des aspects de sa vie en question et à trouver des réponses à ses inquiétudes : "même si je ne ressentais pas de peur de la mort imminente dans mon conscient, j’ai compris que cette angoisse était quelque part dans mon inconscient et qu’elle essayait de refaire surface" raconte-t-il. En adoptant une hygiène de vie saine (alimentation, sommeil et sport), Hatim se défait enfin, au bout de 2 ans et demi, de son anxiété

Bien qu’angoissant, le trouble anxieux généralisé est une maladie qui se soigne grâce à un traitement et une thérapie adaptés. Sont souvent recommandées les TCC : elles permettent aux patients d’adopter de nouveaux schémas de pensée et d’ainsi éviter les inquiétudes vaines qui, accumulées mènent au trouble anxieux généralisé

L’après trouble anxieux 

"Je n’ai pas fait de crises d’angoisse depuis mes 19 ans" se réjouit Samantha. Elle termine aujourd’hui sa licence de lettre moderne avant de se lancer dans une maîtrise pour être professeure des écoles. 

Hatim a connu d’autres épisodes d’anxiété sévère dans sa vie, qu’il a pu gérer. Diplômé d’une des meilleures écoles de commerce de France, il est aujourd'hui à la tête de sa propre entreprise. 

Pour aller plus loin : prévenir un trouble anxieux à ses enfants 

"Pour prévenir le TAG, on peut agir dès l’enfance notamment par l’éducation, la bienveillance, en se sensibilisant au rôle de parent… Il est recommandé aux parents d’adapter leurs exigences aux capacités de l’enfant ou de l’ado et de bannir l'agressivité . Il est aussi important d’avoir une bonne communication et de ne pas banaliser les difficultés ressenties par l’enfant." conseille S.Peyrebesse.