Dépression souriante : comment la reconnaître et la combattre ?

6/7/2022
entraide santé mentale
Clara
·

Se sentir vide de l’intérieur, n’avoir plus envie de rien et préférer rester au lit toute la journée. S’il s’agit là des symptômes communs à la dépression nerveuse, certaines personnes se refusent le droit de les montrer et préfèrent afficher une bonne humeur et un grand sourire au quotidien. On parle alors de dépression souriante.

La particularité de ce type de dépression est qu’il n’est pas forcément perceptible de l’extérieur. Pourtant, les personnes atteintes d’une dépression souriante souffrent tout autant que les patients diagnostiqués avec un trouble dépressif majeur visible.

Dans cet article, Mosaik vous explique comment reconnaître une dépression souriante, quelles sont les causes de cette pathologie et comment y remédier.

Qu’est-ce que la dépression souriante ?

Lorsqu’on parle de dépression, on l’associe très souvent à la léthargie, à la tristesse ou encore au désespoir. Mais il est primordial de savoir qu’il n’existe pas un unique type de dépression et que cette dernière peut prendre différentes formes et être la conséquences de situations multiples.

La dépression souriante désigne les personnes qui vivent avec une dépression mais qui l’intériorise pour ne rien laisser paraître en société. En effet, d’un point de vue extérieur, il est extrêmement difficile de deviner qu’une personne souffre de dépression souriante. Également appelée dépression joyeuse, les patients arborent un sourire et semblent parfaitement heureux.

D’un point de vue médical, la dépression souriante est considérée comme un trouble dépressif majeur avec des symptômes atypiques.

Quels sont les symptômes de la dépression souriante ?

Il est très difficile de déceler une dépression souriante de l’extérieur car les patients mettent tout en œuvre pour ne rien laisser transparaître. Pourtant, les symptômes sont bien présents à l’intérieur et ils peuvent être extrêmement éprouvants et handicapants au quotidien. Parfois, même au sein d'un couple, un des membres peut être amené à masquer sa dépression à l'autre, conduisant potentiellement à des effets néfastes sur la relation de couple.

Ainsi, voici les principaux symptômes que vous pouvez ressentir :

  • Fatigue extrême,
  • Irritabilité / colère,
  • Instabilité émotionnelle,
  • Changement d’appétit,
  • Pensées négatives,
  • Manque de concentration.

Tous ces symptômes peuvent également être associés à des problèmes de santé, ainsi que des douleurs physiques tels que :

  • des troubles du sommeil,
  • une perte de libido et de désir,
  • des douleurs musculaires,
  • des maux de tête / ventre,
  • des douleurs thoraciques.

Il s’agit des maux communs à la dépression. Vous trouverez ici un article complet sur les symptômes de la dépression. Toutefois, la particularité de la dépression souriante est qu’ils sont très difficiles à repérer. Très souvent, les personnes atteintes de dépression joyeuse ont un cadre de vie tout à fait banal : elles ont un emploi, une famille, un logement et un cercle d’amis proches. Aucun indice visible ne laisse présager la maladie.

4 raisons qui expliquent pourquoi les personnes masquent leur dépression

Pour mieux comprendre cette dépression atypique, nous avons cherché à savoir quelles étaient les raisons qui poussaient les dépressifs souriants à masquer tous leurs symptômes et à garder pour eux leur mal être intérieur.

Raison 1 : peur de devenir un fardeau pour son entourage

Très souvent, les personnes dépressives culpabilisent : elles ont l’impression d’être un poids pour leurs proches. C’est à cause de ce sentiment, parfois omniprésent chez certains patients, que la dépression souriante se développe.

Prêts à tout pour ne pas importuner ou déranger, les personnes atteintes de dépression joyeuse préfèrent faire semblant et laisser croire que tout va pour le mieux. Ce processus qui se veut à l'origine altruiste peut aggraver les symptômes du trouble dépressif.

Raison 2 : avoir honte de se sentir dépressif

Les troubles de la santé mentale sont très souvent tabous, nombreuses sont les personnes qui refusent d’admettre qu’elles sont malades. Pourtant, il serait préférable de demander de l’aide auprès d’un professionnel de la santé : il pourrait vous aider à déterminer votre pathologie et trouver les solutions les plus adaptées. Ainsi, un trouble qui pourrait potentiellement devenir chronique disparaîtra plus rapidement.

Dans le cadre de la dépression souriante, les personnes se sentent honteuses de se trouver dans un tel état. Elles ont parfois un cadre de vie stable : une famille, un travail, des amis… Et pourtant, elles se sentent profondément malheureuses. Ce paradoxe les pousse à croire qu’elles sont illégitimes dans leur mal être et qu’elles ne peuvent donc assumer leurs maux.

Cette honte liée aux symptômes de la dépression les pousse à se créer une carapace afin de refléter une bonne image, celle de quelqu’un parfaitement heureux.

Raison 3 : être dans le déni

Contrairement aux idées reçues, il peut être difficile pour certaines personnes de demander l’aide d’un professionnel de santé car cela nécessite d’admettre que l’on a un problème. De plus, la psychiatrie ou la psychologie reflètent très souvent une image négative et effrayante : ces spécialités sont associées aux troubles psychiatriques et psychologiques, qui eux-même sont associées à l’image péjorative de la folie.

Ainsi, dans le cadre de la dépression souriante, elle peut être liée à un déni : le patient rejette tous ses symptômes inconsciemment, et cherche à se persuader que tout va bien.

Il part du principe qu’il suffit de vouloir le bonheur pour être heureux et affiche gracieusement un sourire sur son visage en étant persuadé que cela va permettre de faire disparaître progressivement son état dépressif. Pourtant, cela est bien plus complexe et le bonheur n’est pas toujours simple à atteindre, malgré une forte volonté.

Raison 4 : vouloir à tout prix maintenir les apparences

Cette quatrième raison est en réalité un regroupement des trois précédentes. Lorsqu’une personne travaille, qu’elle a une famille et des amis, elle est consciente qu’elle a des responsabilités et il arrive même qu’elle fasse reposer sur ses épaules une pression qu’elle a elle-même créée.

Par peur de décevoir, d’échouer et d’être jugé par les autres, les personnes atteintes de dépression souriante développent un mécanisme qui a pour but de masquer tous les signes de mal être.

De plus, les patients atteints d’un trouble dépressif sont souvent injustement perçus comme faibles. Ainsi, certains patients ont cette crainte d’être vus comme des personnes vulnérables et se créent une image qui ne laisse paraître aucun mal être.

Quels sont les facteurs de la dépression souriante ?

Plusieurs facteurs peuvent favoriser l’apparition et le développement d’une dépression souriante. Il peut s’agir des mêmes causes que pour les autres dépressions et selon le caractère de la personne, elle peut chercher à masquer ses symptômes et ainsi développer une dépression joyeuse.

Voici une liste des facteurs potentiels qui auraient pu déclencher une dépression souriante :

Un grand changement dans votre vie

Ce facteur est commun à tous les types de dépression. En effet, un événement traumatisant peut être la cause d’un épisode dépressif, comme par exemple la perte d’un être cher, un licenciement ou encore une rupture amoureuse.

On parle parfois de dépression situationnelle ou de dépression réactive car elles sont la conséquence d’une série d’événements traumatisants.

La peur du jugement

Selon la culture d’une personne, la dépression peut être vécue différemment. Ainsi, certaines populations sont plus susceptibles de développer des dépressions souriantes. L’importance de masquer son mal être est tellement forte que les symptômes dépressifs, à l’origine émotionnels et psychologiques, peuvent devenir somatiques.

Chez certaines familles ou cultures, exprimer son mal être psychologique peut rapidement être perçu comme une faiblesse ou une quête d’attention. Ces habitudes bloquent parfois tout envie de demander de l’aide et le patient développe alors un dépression souriante.

Selon cette étude publiée en 2008, les populations originaires d’Asie de l’Est seraient plus susceptibles de développer des symptômes dépressifs somatiques. En réalité, la maladie est la même partout sur le globe mais c’est la manière dont on en parle qui diffère. Par exemple, les populations nord-américaines auront tendance à rapporter leurs maux psychologiques et, à l’inverse, les populations asiatiques préféreront mettre l’accent sur les douleurs physiques. Cet exemple souligne la capacité selon les personnes à orienter leurs pensées sur leur état extérieur ou intérieur.

Dans le cas des personnes souffrant de dépression souriante, elles portent davantage leur esprit sur leur bien-être extérieur et préfèrent masquer tous les maux psychiques internes.

L’impact néfaste des réseaux sociaux

Sur les réseaux sociaux, on retrouve l’apologie de la vie parfaite, sans défaut, sans souci. L’image qui est diffusée sur des plateformes telles qu’Instagram, Tiktok ou encore Snapchat a des effets négatifs sur certaines personnes. Elles créent des complexes et entraînent parfois des sentiments de culpabilité : “pourquoi ma vie n’est pas parfaite”, “pourquoi les autres semblent heureux et pas moi”.

Cet aspect pervers des réseaux sociaux a également des conséquences chez certaines personnes dépressives. Elles se sentent très vite honteuses de ne pas vivre une vie de rêve, ce qui favorise l’adoption d’une façade, d’une carapace : le début d’une dépression souriante.

Une forte pression

Qu’il s’agisse de notre propre ambition ou des exigences de notre entourage, tout cela nous pousse à ressentir de la pression. Si celle-ci peut être galvanisante, elle peut également devenir un véritable calvaire.

Lorsque nous subissons la pression, il est possible de développer des troubles dépressifs. Par exemple, les patients atteints de burn-out expliquent avoir subi un trop grand stress au travail, ce qui a conduit à un état dépressif.

Ainsi, pour ne pas avouer leurs faiblesses, les personnes souffrant d’une dépression souriante préfèrent faire semblant et masquer tous les signes qui pourraient laisser penser qu’elles vont échouer dans leurs objectifs personnels ou professionnels.

Comment faire face à la dépression souriante ?

La dépression souriante peut rapidement devenir handicapante et avoir de graves conséquences sur la vie. Puisqu’elle est secrète pour l’entourage, les symptômes peuvent se développer sans que personne ne s’en aperçoive et éclater seulement au moment les plus dramatiques, comme lors de crises suicidaires.

Comment diagnostiquer la dépression souriante ?

Il arrive parfois que la dépression souriante ait des symptômes antithétiques à ceux du trouble dépressif majeur, par exemple, le sourire et l’apparence euphorique. Cela peut donc compliquer le diagnostic.

Aussi, la plus grande difficulté est que, la plupart du temps, les personnes atteintes de dépression souriante se sont auto-persuadées de leur bien-être, elles sont dans le déni et ne cherchent donc pas à demander de l’aide auprès de leurs proches ou d’un professionnel de santé.

Pour être diagnostiqué, il est nécessaire de consulter votre médecin traitant. Il vous posera sans doute quelques questions sur la nature de vos symptômes et si ces derniers ont duré au minimum 2 semaines consécutives. Si c’est nécessaire, vous serez redirigé vers un psychiatre. Ce spécialiste de la santé mentale pourra vous prescrire des traitements adaptés, qu’il s’agisse de psychothérapies ou de médicaments.

Quels traitements pour faire face à la dépression souriante ?  

La psychothérapie

Comme pour la dépression classique, il est recommandé de débuter une psychothérapie lorsque vous souffrez d’une dépression souriante. Il existe plusieurs formes de thérapie mais la plus répandue dans le traitement de la dépression joyeuse est la thérapie cognitivo-comportementale.

La thérapie cognitivo-comportementale est basée sur 3 composantes :

  • composante cognitive : le thérapeute relève les biais cognitifs du patient, il s’agit des mésinterprétations des informations reçues. Cela permet au patient de prendre conscience de la subjectivité de ses idées reçues.
  • composante comportementale : le thérapeute guide le patient vers un changement des comportements problématiques en réaction à certaines situations.
  • composante émotionnelle : le thérapeute aide le patient comprendre ses émotions. Cela permet au patient de ne plus subir ses émotions, mais de les accepter et d’apprendre à les gérer.

Les traitements médicamenteux

En parallèle d’une psychothérapie, votre thérapeute peut également vous prescrire des antidépresseurs. Ils permettront de rapidement diminuer vos symptômes liés à la dépression souriante. Le début du traitement peut s'accompagner d'effets secondaires, tels que :

  • des vomissements,
  • des troubles digestifs,
  • une prise de poids,
  • des maux de tête,
  • une diminution de la libido,
  • de l’anxiété.

Comment aider un proche qui fait face à une dépression souriante ?

Si vous avez des soupçons, que vous pensez qu’un de vos proches est dépressif bien qu’il y ait très peu de signes, il peut s’agir d’une dépression souriante. N’hésitez pas à lui faire part de vos préoccupations et de vos doutes.

D’une part, cela peut lui permettre de se sentir écouter sans jugement et il pourra plus facilement se livrer et vous raconter ses maux. D’autre part, les personnes souffrant de dépression souriante sont parfois dans le déni, elles ne se rendent pas compte de leurs symptômes et agissent comme si tout allait bien. Ainsi, évoquer le sujet peut réveiller sa conscience et lui faire rendre compte de sa pathologie.

Parce que vous êtes son ami ou son parent, vous pourrez plus facilement lui conseiller d’aller voir un spécialiste de la santé mentale, sans émettre de jugement. Pour aller plus loin, vous pouvez consulter notre article dédié aux meilleurs moyens d'aider un proche en dépression.

Conclusion

La dépression souriante est un trouble dépressif atypique qui peut avoir des conséquences non négligeables sur votre quotidien. Si vous avez le moindre doute quant à votre état de santé mentale, nous vous recommandons de consulter l’avis d’un médecin spécialiste qui saura diagnostiquer votre trouble et vous diriger vers les meilleures solutions.

Finalement, la difficulté de la dépression joyeuse ne réside pas dans son traitement mais dans son diagnostic. En effet, il arrive parfois que la dépression soit si longtemps cachée que les symptômes se décuplent et deviennent préoccupants, par exemple avec le développement de pensées suicidaires.