La dépression et ses traitements 

3/5/2021
entraide santé mentale
Tiphaine Creus, psychologue clinicienne
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Comme nous avons pu le voir dans un précédent article sur la dépression, la dépression est une maladie mentale classifiée pour laquelle différents traitements existent, les traitements médicamenteux et les traitements psychothérapeutiques. Mais comment diagnostiquer un syndrome dépressif? Et quels sont les traitements? En fonction de l’intensité du syndrome dépressif (léger, modéré, sévère) le choix d’un ou des deux traitements peut se poser, chacun apportant ses propres bénéfices et ses propres contraintes.

Comment diagnostiquer un syndrome dépressif?

Les professionnels de la santé mentale peuvent avoir recours à deux manuels de recensement afin de poser un diagnostic, le DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) ou la CIM (Classification Internationale des Maladies). L’objectif de ces deux classifications est de transposer les troubles mentaux en un langage pouvant être partagé par l’ensemble des chercheurs et des praticiens. L’utilisation de l’une ou l’autre diffère du pays, de la structure d’accueil et du praticien en lui-même.

Dans le DSM-5, nous parlons de “trouble dépressif caractérisé” dans le sens où il n’est ni persistant, ni induit par une substance. Un diagnostic peut être émis lorsqu’au moins cinq des symptômes suivants sont présents depuis au moins deux semaines, quasiment toute la journée et presque tous les jours : 

  • Une humeur dépressive 
  • Une diminution marquée de l’intérêt ou du plaisir pour toutes ou presque toutes les activités
  • Une perte ou un gain de poids ou une diminution ou augmentation de l’appétit
  • Une Insomnie ou Hypersomnie (besoin excessif de sommeil) 
  • De l’agitation ou au contraire un ralentissement psychomoteur 
  • Une fatigue importante ou une perte d’énergie 
  • Un sentiment de dévalorisation ou de culpabilité excessive ou inappropriée 
  • Une diminution de l’aptitude à penser ou à se concentrer voire de l’indécision 
  • Des pensées de mort ou des idées suicidaires récurrentes

Au moins l’un des symptômes doit être l’humeur dépressive ou la diminution de l’intérêt et du plaisir. Bien-sûr, cette liste ne se retrouve pas chez toute personne ayant un syndrome dépressif, cela dépend des capacités de chacun à faire face, de ses propres ressources mais également de l’intensité de la dépression. Vous pouvez consulter notre article dédié aux signes et symptômes de la dépression pour aller plus loin.

Femme souffrant de dépression dans son lit

La CIM-10 ajoute qu’une perte de la libido peut également être présente. Contrairement au DSM, elle classe la dépression en fonction de son intensité, et cela en s'appuyant sur le nombre de symptômes présents : 

  • Au moins deux ou trois symptômes lors d’épisode dépressif léger mais la capacité de poursuivre la plupart de nos activités 
  • Au moins quatre symptômes lors d’un épisode dépressif moyen mais avec des difficultés considérables à poursuivre nos activités quotidiennes 
  • Plusieurs symptômes mais surtout la perte de l’estime de soi, des idées de dévalorisation ou de culpabilité et des idées suicidaires lors d’un épisode dépressif sévère

Cette classification ne se base pas uniquement sur le nombre de symptômes présents mais également sur tes propres ressentis et tes propres capacités à poursuivre tes activités quotidiennes. Tu es l’expert de ta maladie, toi seul est en capacité de savoir ce que tu ressens ou non et si tu présentes réellement ou non l’un ou plusieurs de ces éléments. 

Par ailleurs, une dépression peut également être difficilement décelable de l'extérieur si l'individu qui en souffre masque ses symptômes, on parle alors de dépression souriante.

Quels sont les traitements psychothérapeutiques pour une dépression?

Dans les formes légères et modérées d’une dépression, la première recommandation en termes de traitement s’oriente vers une psychothérapie avant l’introduction des traitements médicamenteux, si besoin. Dans les formes sévères de dépression, les deux sont préconisés. Aussi, il est possible dans un premier temps de favoriser l'utilisation de remèdes naturels contre la dépression

Le plus important dans ton choix est d'être à l'aise avec la thérapie et voici quelques éléments pouvant t’aider à te décider:

Thérapie psychanalytique

L’approche psychanalytique se réfère principalement aux fondements théoriques développés par Freud. Cette approche peut être conseillée lorsque l’on souhaite mieux appréhender certains comportements ou certaines facettes de notre personnalité mais également lorsque nous souhaitons surmonter une difficulté, comme une dépression

Lors de sa thérapie, le patient est amené à raconter tout ce qui lui vient à l’esprit et à les rapporter à d’autres éléments lorsque cela est possible, avec le soutien du thérapeute. Le patient va alors faire ce qui est appelé une « libre association », permettant de remonter à l’origine de la souffrance, avec le soutien et l’appui du thérapeute. Ce dernier n’est pas forcément en retrait, il peut accompagner la réflexion en posant des questions spécifiques et en s’attardant sur certaines choses. Ceci permet par la suite d’agir sur les symptômes que tu ressens afin de mieux comprendre ce qu’il se passe en toi dans le moment présent. 

Thérapies Comportementales et Cognitives (TCC)

Les TCC sont quant à elles orientées vers les pensées, comportements et émotions ressentis lors d’une situation. Lors des premiers entretiens, il s’agit de cibler la difficulté qui se pose, comprendre son fonctionnement et définir les attentes. Des objectifs, en collaboration avec le praticien, vont alors être fixés et vont donner un but à la thérapie. Ils vont être traités les uns après les autres et non tous en même temps. Au cours de ce suivi, plusieurs petits exercices peuvent t’être demandés entre les séances afin de mettre en pratique les changements que tu souhaites. Il peut s’agir de modifier un certain comportement, modifier certaines pensées pouvant être négatives ou encore apprendre à mieux gérer ses émotions. Dans le cas d’une dépression, les objectifs seront définis en fonction de tes symptômes afin de te redonner de l’intérêt et du plaisir à tes activités. 

Il s’agit de thérapies dites brèves car elles prennent généralement fin une fois les objectifs atteints. Bien entendu, si tu souhaites par la suite cibler d’autres problématiques, rien ne t’empêche de continuer la prise en charge. 

Thérapie systémique

L’approche systémique s’intéresse à la personne mais également aux systèmes ou groupes auxquels on appartient tels que le système familial, le système professionnel ou encore le système social. Un système est entendu comme étant un tout qui fonctionne grâce aux interactions des éléments qui le composent donc aux interactions sociales entre les membres du groupe. Ta propre souffrance est alors un symptôme montrant un dysfonctionnement d’un des groupes auquel tu appartiens. Cela signifie que les interactions sociales sont défaillantes et ont un impact sur toi pouvant ainsi causer une dépression.

La thérapie systémique, contrairement aux TCC, ne va pas s’intéresser au comportement en lui-même mais à l’environnement à partir duquel est ressenti ce comportement. L’idée est de considérer ce groupe comme étant dysfonctionnel et travailler sur les modes de communication ou sur les comportements afin de retrouver une stabilité de l’environnement, permettant de retrouver un bien-être personnel. 

Les thérapies systémiques sont conseillées pour les familles ou les couples pouvant rencontrer des difficultés relationnelles mais peuvent également être suivies seul. 

Approche Intégrative  

L’approche intégrative quant à elle ne s’arrête pas à une unique façon de penser ou d’agir. Le praticien se construit une boîte à outils, peut se former à différentes approches en mettant l’accent sur leurs complémentarités. Il saura alors s’adapter en fonction des besoins sur le moment présent et proposer différentes techniques. C’est alors le thérapeute qui s’adapte à son patient et non l’inverse.

Au sein des approches intégratives, on peut retrouver différents courants théoriques comme ceux présentés ci-dessus mais également d’autres techniques comme l’hypnose, la méditation pleine conscience ou encore la relaxation. Elles permettent de considérer l’humain comme un tout en prenant en compte les sphères cognitives, émotionnelles, comportementales et relationnelles. 

Thérapie de groupe 

Les thérapies de groupe peuvent se faire avec ton entourage mais également avec d'autres personnes rencontrant les mêmes difficultés. Dans ce dernier cas, il s’agit de permettre à chaque membre du groupe de partager sa propre expérience et acquérir d’autres pistes de réflexions grâce aux expériences des autres. Les thérapies de groupes ont notamment prouvé leur efficacité dans le cas d'une dépressionLes groupes de parole en ligne, comme le propose l’application Mosaik, se développent également de plus en plus et sont jugés aussi utiles que les thérapies de groupe en présentiel.

Le thérapeute présent lors de ces séances accompagne la libération de la parole et permet à chacun de s’exprimer. Ce type de prise en charge permet également de lutter contre l’isolement, en favorisant les liens sociaux, mais aussi de favoriser la confiance en soi, grâce au partage d’expériences, qui peut également être bénéfique pour les autres. Chaque membre du groupe peut ainsi prendre du recul face à ses propres difficultés et mieux comprendre son fonctionnement personnel grâce au soutien d’autrui. 

Quels sont les traitements médicamenteux d'une dépression?

Les traitements médicamenteux, soit les antidépresseurs, sont prescrits par les médecins traitants mais il est fortement conseillé de consulter un psychiatre. Ce dernier, spécialiste de la santé mentale, sera plus en capacité de juger les dosages nécessaires en prenant en compte l’intensité de la dépression mais aussi les impacts positifs de la psychothérapie.  

Il existe principalement deux grandes familles d’antidépresseurs, les tricycliques et les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (IRS). Leurs fonctionnements se rejoignent et leurs bienfaits sont attribués à leurs effets sur la sérotonine et sur la noradrénaline. La sérotonine est impliquée dans la gestion des émotions et est reliée à la notion de bonheur. Lorsqu’elle est à un taux équilibré, elle permet à la personne de rester dans une situation qui lui est favorable et elle intervient dans de nombreuses fonctions physiologiques comme le sommeil et l’appétit. La noradrénaline quant à elle permet de réguler l’excitation, l’attention, les émotions, le sommeil mais aussi l’apprentissage. 

Lors d’un syndrome dépressif, on observerait un dérèglement de ces deux fonctions physiologiques, que les antidépresseurs viendraient équilibrer à nouveau d’après certaines études. Il faut attendre trois semaines à un mois avant de pouvoir observer les premiers effets. L’arrêt du traitement doit être décidé avec le thérapeute et doit se faire progressivement. Les doses vont être baissées petit-à-petit par le psychiatre afin de s’assurer que les neurotransmetteurs continuent d’agir favorablement et qu’aucune baisse n’est à observer. 

Le plus important est de trouver une thérapie qui te corresponde et qui se rapproche de tes valeurs et croyances. N’hésite pas à demander conseil à un thérapeute qui peut t’accompagner dans ce choix. Quelle que soit le type de thérapie que tu choisisses, l’alliance entre le patient et le thérapeute est le premier facteur de réussite. Si par ailleurs, tu n'es pas concerné toi-même par une dépression mais un de tes proches l'est, tu peux lire notre article sur comment venir en aide à une personne en dépression.