Dépression : comment expliquer son origine ?

27/7/2022
entraide santé mentale
Philippe
·

Vous vous sentez constamment triste, chaque minute de votre vie est un supplice et vous n'avez plus l'envie de faire une quelconque activité. Il s'agit certainement d'une dépression. 

Bien qu'il existe plusieurs types de dépression telle que la dépression souriante, saisonnière ou encore réactionnelle, les symptômes dépressifs sont relativement les mêmes :

Après avoir été diagnostiqué, vous aimeriez comprendre pourquoi la maladie s'est déclenchée : dans cet article, Mosaik vous explique 10 causes du trouble dépressif.

Qu’est-ce que la dépression ?

La dépression est une maladie psychique qui se caractérise par un trouble de l’humeur important ainsi qu’une fatigue intense et handicapante au quotidien. Cette maladie peut arriver à tous les âges, aussi bien chez l’homme que chez la femme : selon l’Inserm, 1 personne sur 5 a souffert ou souffrira d’une dépression au cours de sa vie.

Les troubles dépressifs se caractérisent par une série de symptômes, tels que :

  • une tristesse accrue,
  • une perte d’intérêt pour n’importe quelle activité,
  • un changement d’appétit,
  • un ralentissement psychomoteur,
  • une fatigue intense,
  • des troubles du sommeil,
  • une perte de concentration,
  • des pertes de mémoire.

La dépression est une maladie intense et les symptômes peuvent handicaper les patients au quotidien. Au fur et à mesure de l’évolution de la maladie, le patient souffre psychologiquement et parfois même physiquement. Cela peut estomper progressivement l’envie de vivre et favoriser l’apparition de pensées suicidaires. En effet, vivre en société devient difficile et douloureux et le patient n’a plus forcément l’énergie nécessaire pour faire face aux situations quotidiennes de la vie. Le rapport au temps est lui aussi modifié : le passé est source de nostalgie et de ruminations tandis que l’avenir est flou et incertain.

Avant d’être diagnostiqué, vous devez souffrir d’au moins 5 des symptômes énumérés ci-dessus, à temps plein, et au moins pendant 2 semaines. L’état dépressif est à prendre au sérieux, puisque 10 à 20% des patients présentent des risques de suicide. Par ailleurs, l’impact de la dépression sur la vie professionnelle et personnelle peut être très fort, non seulement pendant la maladie, de part l’omniprésence des symptômes, mais également après le soin. En effet, le risque de rechute à moyen et long terme est élevé (80% de récidive).

À noter que l’état dépressif se différencie de la déprime. En effet, cette dernière se caractérise par un sentiment de tristesse passagère qui peut être liée ou non à des raisons précises. S’il y a des symptômes similaires tels que le désespoir ou la tristesse, la déprime se différencie car elle ne dure pas aussi longtemps que la dépression et que les souffrances ne sont pas aussi intenses.

Aussi, la dépression peut aussi survenir pendant la grossesse ou après la naissance de l’enfant : on parle alors de baby blues, ou dépression du post-partum.

10 causes qui permettent de comprendre sa dépression

Les causes de la dépression peuvent être multiples et varient selon les profils. En effet, la survenue d’une dépression résulte de facteurs biologiques, psychologiques, sociaux ou encore familiaux. En réalité, la maladie est déclenchée par une corrélation propre à chacun, avec un mélange de facteurs internes et externes.

Cause 1 : le facteur biologique et génétique

Biologiquement, il a été identifié une susceptibilité individuelle à la dépression. Génétiquement, un individu a deux à quatre fois plus de risque de développer un trouble dépressif lorsque l’un de ses parents a déjà présenté ce trouble. En cause, les gènes en jeu dans le transport de la sérotonine (un neurotransmetteur chargé de réguler la communication entre les neurones), impliquée dans la régulation des émotions.

Dans une étude, 2 familles ont été comparées sur plusieurs générations : l’une avec des troubles dépressifs et l’autre sans aucun problème de santé particulier. Au fur et à mesure des années et de la naissance de plusieurs générations, il est clair que la famille avec des antécédents dépressifs a connu davantage de troubles de la santé mentale.

Dans une autre étude, il a été montré que le locus 3p25-26 était statistiquement davantage présent chez les personnes souffrant de dépression.

Cause 2 : le facteur neurobiologique

Des études récentes ont montré que le rôle de la sérotonine dans la dépression était plus faible que ce qui était répandu jusque là.

Cependant, il reste que la dépression est associée à des mécanismes chimiques et neurologiques complexes qui ne sont pas encore bien compris. Est-ce qu'il s'agit d'une cause ou d'une conséquence ? Les réponses à cette question se font également rares dans la recherche.

Certains chercheurs ont expliqué qu'il y a probablement des connexions neuronales dans notre cerveau qui sont modifiées lors d'une dépression, mais nous ne sont pas encore lesquelles, comment, et pourquoi.

Cause 3 : un dérèglement du microbiote intestinal

Le microbiote intestinal désigne l’ensemble des bactéries présentes dans l’intestin. Il semblerait qu’un microbiote intestinal malsain puisse avoir des répercussions sur le système nerveux et l’humeur d’une personne.

Dans cette étude publiée en 2020, il a été montré que les personnes dépressives avaient des microbiotes endommagés et que soigner leurs maux d’intestins avaient permis de soulager leur dépression.

Cause 4 : l’attribution causale

Des mécanismes psychologiques entrent également en jeu dans le développement de la dépression. L’attribution causale pousse chaque individu à rechercher la cause aux émotions qu’il ressent. L’attribution, c’est « émettre un jugement, inférer “quelque chose”, une intuition, une qualité, un sentiment sur son état ou sur l’état d’un autre individu à partir d’un objet, d’une disposition spatiale, d’un geste, d’une humeur ».

Il serait ainsi possible de parler pour la dépression de causes internes (« Je suis nul, c’est pour ça que je suis déprimé » ; « Je ne réussis jamais rien, ça me déprime ») ou de causes externes ("Je suis déprimé parce que ma compagne m’a quitté" ; "Je suis déprimé parce que personne ne m’aime"). L’attribution causale va donc mettre en lumière le système de croyance que l’individu aura sur lui : "je suis nul", "je ne pourrai jamais réussir" ; et ce système de croyance négative va impacter comment l’individu va vivre les petits ou gros accidents de la vie.

Cause 5 : les traumatismes

Les traumatismes survenus dans la vie actuelle ou dans l’enfance d’une personne peuvent venir renforcer les symptômes dépressifs mais également être la cause principale de la maladie. Il peut s’agir :

  • du décès d’un être cher,
  • d'une perte d’emploi,
  • d'un accident de voiture,
  • d'abus sexuels.

Selon les personnes, la réaction au traumatisme sera différente : certaines vont développer un trouble anxieux généralisé ou alors un syndrome de stress post-traumatique et d’autres vont développer des troubles dépressifs, on parlera de dépression réactionnelle.

Cette étude publiée en 2015 a souligné comment la violence psychologique et physique durant l’enfance favorise l’apparition de troubles dépressifs. Cette violence peut prendre diverses formes telles que la maltraitance ou encore des violences sexuelles ou verbales.

Cause 6 : la consommation de substances néfastes pour l’organisme

La consommation de certaines substances est néfaste pour le corps et l’esprit : il peut s’agir de drogue ou encore d’alcool. À long terme, cela peut mener à des addictions et à de graves problèmes de santé, notamment la dépression. En effet, la prévalence de la dépression chez les personnes qui souffrent de troubles addictifs est de 30%.

Selon cette étude publiée en 2015, ce lien entre addiction et dépression serait expliqué par un dysfonctionnement du noyau accumbens. Plus précisément, lorsqu’il est défectueux, ce noyau n’absorbe pas correctement la protéine p11. Sur un essai réalisé sur des souris, il a été montré qu’un traitement visant à réguler les niveaux de protéine p11 permettrait de diminuer les symptômes de la dépression.

Cause 7 : souffrir de douleurs chronique

La douleur est une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable, elle peut être physique ou psychologique. Dans cette étude publiée en 1997, des recherches avaient été faites pour voir s’il existait une corrélation entre la douleur chronique et le développement d’un trouble dépressif.

En conclusion, il avait été démontré que souffrir continuellement pouvait avoir un impact sur le cerveau et déclencher des troubles de la santé mentale, notamment une dépression. 

Ainsi, si vous avez subi pendant de longues semaines ou de longs mois des douleurs, qu’elles soient physiques ou psychiques, il peut s’agir de la cause de votre dépression.

Cause 8 : être atteint d’une autre maladie

Vivre avec une maladie au quotidien peut être très difficile et cela peut impacter votre humeur et votre moral. Ainsi, il n’est pas rare que la dépression surviennent en comorbidité avec une première maladie.

Dans cette étude publiée en 2015 , il a été démontré que les patients déjà atteints d’une maladie physique pouvaient plus facilement tomber en dépression.

Parmi les comorbidités associées à la dépression les plus communes, on retrouve :

  • le cancer,
  • la maladie de Parkinson,
  • les maladies cardiovasculaires.

Cause 9 : les facteurs hormonaux

Ce facteur concerne les femmes enceintes, qui viennent d’accoucher ou en ménopause. Lors de la grossesse ou après la naissance d’un bébé, les niveaux d’hormones fluctuent et viennent impacter le moral des femmes. De la même manière, à l’arrivée de la ménopause, les hormones sont chamboulées.

Si dans le cas de la parentalité, on parle de dépression post-partum, il est tout à fait possible que la cause hormonale ne soit pas directement liée à la conception ou à la naissance d’un enfant.  

Cause 10 : la personnalité

La personnalité et les traits de caractère peuvent favoriser l’apparition de trouble dépressif. Toutefois, considérer qu’il s’agit de la cause de la maladie est exagéré, il s’agit davantage d’un facteur à risque.

Dans cette étude publiée en 2012, les chercheurs ont remarqué que certaines personnes avec des traits de personnalité spécifiques avaient tendance à développer des troubles dépressifs. Par exemple, les personnes qui s'auto-critiquent en permanence ou alors qui ruminent sans cesse sur les mêmes sujets.

Enfin, ils concluent en expliquant et en soulignant que les traits de personnalité ont notamment une influence sur l’évolution de la maladie.  

Quels sont les traitements pour faire face à la dépression ?

Dans tous les cas, le patient est l’acteur de son traitement. Quelle que soit la voie choisie, il s’agira de trouver une alliance avec les soignants. La volonté seule ne suffit pas, car la dépression a, comme nous avons pu le voir, une influence énorme sur le fonctionnement quotidien et sur les humeurs.

Suivre un traitement, c’est redevenir acteur de sa vie, c’est se prendre en main, c’est le premier pas vers l'apaisement d’une souffrance. L’entraide est importante, tout comme l’écoute : n’hésitez pas à demander de l’aide à votre entourage, ou à des spécialistes de confiance.

Lutter contre la dépression grâce à la psychothérapie

La psychothérapie permet de mettre un sens aux symptômes, de les atténuer, de les gérer. Le psychothérapeute est un professionnel formé au soin, qui mettra l’échange au centre de sa prise en charge.

Différentes approches à la souffrance existent, et de nombreuses études scientifiques ont montré l’efficacité de chacune face à la dépression. Ce qui va le plus compter, c’est de se sentir à l’aise et en confiance avec son interlocuteur, pour s’exprimer sur tous les recoins de notre personnalité et de notre histoire, sans crainte d’être jugé. Le psychologue va pouvoir aider à mettre des mots sur la souffrance pour permettre au patient de voir sous un autre angle des problématiques qui prennent souvent beaucoup de place.

Un suivi psychothérapeutique s’étale généralement de 15 à 30 séances, même si parfois un temps plus long peut être nécessaire à la prise en charge. En tous cas, le praticien cherche à travailler au plus près du besoin de son patient. La psychothérapie est un traitement donné en première intention à la dépression.

Les autres traitements pour combattre la dépression

Selon les causes et les symptômes, il arrive que la psychothérapie ne suffise pas. Ainsi, il existe d’autres types de traitements pour combattre la dépression.

On retrouve les traitements médicamenteux : ils vont essentiellement agir sur la régulation de l’humeur. Par exemple, certains antidépresseurs ont pour objectif d’inhiber la recapture de sérotonine, en d’autres termes ils servent à réguler la production de sérotonine afin de réguler l’humeur du patient.

Loin d’être systématique, le traitement pharmacologique ne peut être prescrit que par un psychiatre, et dans certains cas par un médecin généraliste, car les effets indésirables doivent être surveillés.

Aussi, il existe des traitements plus naturels à base de plantes, de minéraux ou de vitamines. Vous pouvez d’ailleurs trouver un article complet sur les remèdes naturels contre la dépression.

Ainsi, il est tout à fait possible de combiner plusieurs types de traitements, par exemple des antidépresseurs en parallèle d’une psychothérapie.

Conclusion

Les causes de la dépression sont multiples et il est parfois difficile de les déterminer. Pourtant réussir à trouver l'orgine du trouble dépressif peut permettre de trouver plus facilement le traitement adapté. En effet, la solution contre la dépression ne sera pas la même si votre trouble est causé par un microbiote défectueux ou par des traumatismes liés à l'enfance. 

Toutefois, les traitements tels que les antidépresseurs ou les thérapies cognitivo-comportementales ont montré leur efficacité peu importe l'origine de la maladie. Ainsi, si vous ne trouvez pas la cause de votre dépression, ne craigniez rien, vous pourrez tout de même trouvez un traitement adapté à vos symptômes et vous soigner.