Qu’est-ce qu’un trouble anxieux (ou anxiété grave) ?

3/6/2022
entraide santé mentale
Paul
·

Nous nous sentons tous nerveux de temps en temps, surtout à l'approche de certaines situations, comme par exemple une présentation importante au travail ou lorsqu’on assiste à un évènement choquant comme un accident de voiture.

Toutefois, il y a des personnes pour qui l'anxiété devient si grave qu'elle commence à avoir un impact important sur leur vie quotidienne.

Lorsque l'anxiété devient handicapante, elle nécessite la consultation d’un professionnel de la santé mentale et peut être diagnostiquée comme un trouble anxieux.

Définition générale du trouble anxieux

Le trouble anxieux est défini comme une maladie psychique qui provoque des niveaux extrêmes d'inquiétude avec des symptômes aussi bien physiques que psychologiques. Il existe différentes formes de trouble anxieux, qui sont définis en fonction des craintes et des situations auxquelles elles sont liées.

Un trouble anxieux, ou anxiété grave, est à distinguer d’une simple inquiétude passagère ou un stress momentané. C’est une maladie à part entière qui nécessite une prise en charge adéquate.

Chaque type de trouble anxieux possède ses propres critères de diagnostic. Le psychiatre les utilise pour évaluer si les manifestations et symptômes vécus par la personne sont de l’ordre du pathologique et s’ils doivent être diagnostiqués comme étant la conséquence d’un trouble anxieux. 

Quels sont les signes communs des troubles anxieux ou anxiété grave ?

Certaines caractéristiques sont communes à tous les types d’anxiété grave et les identifier peut permettre de distinguer un trouble anxieux d’une anxiété naturelle ressentie occasionnellement.

Ces caractéristiques sont :

  1. Inquiétude omniprésente pouvant aller jusqu’à la détresse psychologique : les troubles anxieux sont des pathologies chroniques, qui provoquent des niveaux élevés d'anxiété pendant des mois, voire des années. S'il est normal d’être effrayé par des situations menaçantes réelles, la détresse causée par un trouble anxieux est beaucoup plus intense, irrationnelle et devient handicapante au quotidien.
  2. Absence de menace réelle : l'anxiété, comme toutes les émotions, est censée remplir une fonction qui permet notre survie. Elle nous avertit d'un danger et nous donne l’énergie nécessaire pour agir. Pour reprendre les exemples déjà cités ci-dessus, votre anxiété vous conduira à préparer rigoureusement votre oral professionnel ou alors à freiner brusquement afin d’éviter un accident. Cependant, les manifestations physiques et psychologiques du trouble anxieux surviennent sans qu'aucune menace réelle ne soit présente, ou alors se développent de manière disproportionnée par rapport au danger réel.
  3. Mécanisme d’évitement : les troubles anxieux engendrent des souffrances psychiques et physiques qui peuvent rendre la vie quotidienne très difficile. De nombreuses personnes atteintes d’anxiété sévère font tout pour éviter les situations qu'elles craignent et s’isolent progressivement afin de ne pas revivre leurs angoisses.

Comment distinguer le trouble anxieux de la peur, du stress et de la dépression ?

Parce que tout le monde peut se sentir anxieux occasionnellement, il peut être difficile de faire une différence entre avoir peur ou être très stressé.e par rapport à souffrir d’un trouble anxieux. 

Voici comment distinguer ces différentes notions :

Est-ce que je ressens de l’anxiété grave ou de la peur ?

L’anxiété connaît différents degrés, pouvant aller d’une peur légère à une détresse extrêmement intense. De la même manière, les troubles anxieux peuvent également être ressentis à des intensités différentes.

Pour mieux comprendre si vous souffrez d’un trouble anxieux ou d’une peur passagère, les questions suivantes peuvent vous donner des éléments de réflexion pour les distinguer  :

  • Ma peur est-elle si intense et régulière qu'elle m'empêche de vivre une vie normale et épanouie ?
  • Est-ce que j'ai arrêté de faire certaines activités / sorties que j'appréciais auparavant à cause de mon anxiété ?
  • Mes peurs sont-elles proportionnelles au niveau réel de danger auquel je suis exposé.e, ou d'autres personnes diraient-elles qu'elles sont exagérées ?
  • Ma peur dure-t-elle depuis plusieurs mois ?

Est-ce qu’il s’agit d’anxiété grave ou de stress ?

Le stress peut ressembler à l'anxiété dans la mesure où il est causé par des situations délicates telles que la pression au travail, des difficultés financières ou des problèmes familiaux. 

Comme l'anxiété, le stress est censé remplir une fonction positive qui peut s’avérer vitale. Lorsque vous êtes dans des situations exigeantes, votre corps réagit en se préparant et en se donnant les moyens physiques et physiologiques pour vous aider à y faire face, et c’est cette réaction qu’on appelle le stress.

Cependant, au fil du temps, être constamment stressé peut commencer à affecter votre vie de manière malsaine et devenir un stress chronique, qui est une pathologie.

Les effets négatifs du stress chronique peuvent inclure :

  • Perte de concentration
  • Irritabilité
  • Tension musculaire
  • Fatigue
  • Difficultés à dormir 
  • Maux de tête
  • Pression artérielle élevée 
  • Rythme cardiaque accéléré

Alors que l'anxiété est généralement engendrée par l'anticipation d'événements qui se produiront dans le futur, le stress est causé par la situation présente. Dès lors que des solutions sont trouvées dans le but de gérer les situations difficiles, le stress finit par diminuer, ce qui n’est pas le cas du trouble anxieux. 

Est-ce que je souffre d’anxiété ou de dépression ?

La dépression est une maladie psychique faisant partie des troubles de l’humeur. Elle provoque une perte de motivation, une tristesse chronique, un sentiment de désespoir, une perte de faculté de décision ainsi que bien d’autres symptômes psychiques et physiques.

Bien qu'elle présente certaines similarités avec les troubles anxieux et que les deux pathologies ont des symptômes communs, il s'agit d'une maladie distincte avec ses propres critères de diagnostic.

Les symptômes de la dépression peuvent inclure :

  • Mauvaise humeur récurrente
  • Tristesse chronique
  • Fatigue psychique et physique
  • Difficultés à dormir
  • Faible estime de soi
  • Pensées suicidaires
  • Perte de plaisirs

La principale différence entre la dépression et l'anxiété réside donc dans leurs symptômes.

La dépression est un sentiment persistant de tristesse, vous manquez d’énergie et vous perdez tout intérêt pour vos loisirs habituels. L'anxiété quant à elle engendre une peur ou une inquiétude irrationnelle et incontrôlable.

Bien qu’étant distinctes, il faut noter que les deux pathologies peuvent apparaître ensemble chez un même patient, elles présentent en effet une forte comorbidité.

Définitions des différents types de troubles anxieux

Il existe différents types de troubles anxieux, chacun étant défini par des symptômes spécifiques et par les situations qui déclenchent l’état anxieux. 

Voici quelques-uns des troubles anxieux les plus courants et leurs principaux symptômes et caractéristiques :

Le trouble anxieux généralisé (TAG) ou anxiété généralisée

Le trouble anxieux généralisé ou anxiété généralisée se traduit par un sentiment d’inquiétude et d’insécurité qui persiste et qui gêne la vie quotidienne.

Les personnes atteintes d’anxiété généralisée ressentent une détresse psychologique qui peut être liée à leur santé, leur travail, leurs relations sociales ou encore à l'avenir.

La personne atteinte de trouble anxieux généralisé peut être amenée à imaginer que ses actions vont avoir de graves conséquences ou à prédire des catastrophes dans le futur.

Par exemple, vous pouvez avoir peur qu’un ou plusieurs de vos proches soient frappés par un malheur ou encore craindre d’être licencié.e à cause d’une erreur au travail. 

Ces peurs sont généralement irrationnelles et disproportionnées par rapport à la probabilité que de tels évènements se produisent.

Le trouble panique

Le trouble panique est défini par la survenue d’attaques de panique récurrentes avec généralement l’apparition d’une anxiété anticipatoire conduisant à éviter les situations redoutées.

Les crises de panique sont définies par l’apparition soudaine d’une angoisse, d’une crainte intense ou d’une forte appréhension engendrées par la peur d’une catastrophe imminente. Elles induisent des symptômes psychiques et physiques aigus qui atteignent leur intensité maximale en moins de 10 minutes, souvent quelques secondes.

L’intensité des symptômes est telle que la peur de mourir ou de faire une crise cardiaque est souvent rapportée par les patients.

Les symptômes des crises de panique comprennent :

  • un sentiment de danger imminent;
  • la peur de perdre le contrôle ;
  • un rythme cardiaque élevé;
  • des sueurs;
  • des tremblements;
  • un essoufflement;  
  • des nausées;
  • des douleurs thoraciques;
  • des maux de tête;
  • des vertiges;
  • la peur de s’évanouir.

Les attaques de panique peuvent être engendrées par des traumatismes, des facteurs environnementaux ou des facteurs génétiques.

Les attaques de panique sont si éprouvantes qu’il n’est pas rare de développer une anxiété anticipatoire de la survenue de nouvelles attaques. La peur de subir à nouveau une crise de panique rend davantage probable son arrivée, constituant ainsi un cercle vicieux.

Ainsi, il est fréquent que les personnes atteintes de trouble panique commencent à éviter les lieux ou les situations où elles ont déjà subi des attaques de panique. Par conséquent, leur vie quotidienne peut devenir involontairement plus handicapante et ces personnes peuvent finir par s’isoler socialement.

La phobie sociale

La phobie sociale, ou trouble de l'anxiété sociale, est définie comme une peur des situations sociales ou de performance.

Les personnes atteintes de ce trouble peuvent craindre de parler en public, de se rendre dans des lieux fréquentés, de discuter avec des inconnus ou encore de parler à des personnes influentes.

Les personnes souffrant d'anxiété sociale ont peur d'être mises en avant ou d'être jugées et critiquées par les autres.

Bien qu’il ne soit pas pathologique de trouver certaines situations sociales intimidantes ou inconfortables, les personnes souffrant de troubles de l'anxiété sociale en souffrent tellement qu'elles préfèrent les éviter.

Ce mécanisme d’évitement a des répercussions importantes dans leur vie quotidienne.

Les phobies spécifiques

Une phobie est une peur intense et irrationnelle d'un objet, d'un animal ou d'une situation spécifique.

Les phobies les plus courantes comprennent :

  • Les phobies animales, telles que la peur des araignées, des serpents ou des chiens…
  • Les phobies environnementales, telles que la peur des orages, de l'océan ou des hauteurs…
  • Les phobies du sang, des maladies (hypocondrie) ou des blessures, telles que la peur des aiguilles, des interventions médicales ou de la mort (thanatophobie)

Les phobies produisent une peur intense de l'objet ou de la situation phobogène. 

Ainsi, la personne phobique n’est plus en mesure de mesurer le réel danger de la situation et devient incapable d’affronter sa peur.

Pour qu’une peur soit diagnostiquée en tant que phobie, elle doit engendrer des répercussions entraînant une altération significative de la vie quotidienne.

Les phobies engendrent également des stratégies d’évitement de l’objet phobogène, ce qui conduit les personnes à se tenir à l'écart des endroits où elles risquent de le rencontrer. Selon le type de phobie, certaines personnes risquent un isolement social. 

L’agoraphobie 

L'agoraphobie est une autre phobie courante, qui se définit comme une peur de se trouver dans des situations où il est difficile de s'échapper, comme dans de grands espaces ouverts ou au milieu d’une foule.

L'agoraphobie et le trouble panique sont étroitement liés, de nombreuses personnes souffrant de ces deux pathologies en même temps.

Le trouble obsessionnel compulsif (TOC)

Le trouble obsessionnel compulsif est un trouble anxieux défini par des pensées intrusives et récurrentes, appelées obsessions, ainsi que des actions répétées, appelées compulsions, qu'une personne effectue en réaction à ses pensées obsessionnelles. 

Une personne atteinte de TOC croit souvent que si elle ne répond pas à ses obsessions à travers ses actions compulsives, un malheur se produira.

Parmi les exemples courants d'obsessions, on peut citer les craintes liées à la contamination par des microbes, aux cambriolages ou au rangement parfait de sa maison. 

Les compulsions les plus courantes sont le lavage fréquent des mains, la vérification répétée de la fermeture des portes et fenêtres ou encore le rangement obsessionnel des affaires par ordre alphabétique ou par couleur.

Les pensées obsessionnelles intrusives engendrent une détresse majeure si la compulsion correspondante n’est pas exécutée. Ce mécanisme peut provoquer une inquiétude extrême, en plus d'être très chronophage et de compliquer la vie quotidienne.

Syndrome de stress post-traumatique (SSPT)

Ce trouble anxieux survient lorsqu'une personne vit ou est témoin d'un événement traumatisant, comme un vol violent, un accident grave, un harcèlement ou de la maltraitance physique ou psychologique. 

Une personne atteinte de syndrome de stress post-traumatique est victime de flashbacks et des pensées récurrentes et automatiques liées au traumatisme qu'elle a vécu. Ces pensées sont éprouvantes, et de nombreuses personnes atteintes de trouble du stress post-traumatique les évitent en excluant tous les lieux et situations qui pourraient leur remémorer des souvenirs de l'incident traumatique.

Le fait de vivre une expérience traumatisante et d'être obligé.e de la revivre sous forme de flashbacks et de pensées récurrentes peut entraîner d'autres symptômes, comme se sentir lasse et désintéressé.e par la vie, être irritable ou encore perdre tout plaisir à réaliser des activités appréciées auparavant. 

Prévalence des troubles anxieux

En France, sur une année donnée, les troubles anxieux concernent 15% de la population âgée entre 18 à 65 ans. Par ailleurs, 21% des français souffriront d’un trouble anxieux au cours de leur vie.

Par ailleurs, la prévalence de chaque type de troubles anxieux est la suivante :

  • pour le trouble anxieux généralisé : 2.1% (prévalence d'un an) et 6% (prévalence sur vie entière)
  • pour le trouble panique : 2.1% (prévalence d'un an) et 6% (prévalence sur vie entière)
  • pour l'agoraphobie : 0.6% (prévalence d'un an) et 1.8% (prévalence sur vie entière)
  • pour la phobie sociale : 1.7% (prévalence d'un an) et 4.7% (prévalence sur vie entière)
  • pour les phobies spécifiques : 4.7% (prévalence d'un an) et 11.6% (prévalence sur vie entière)
  • pour le syndrome du stress post-traumatique : 2.2% (prévalence d'un an) et 3.9% (prévalence sur vie entière)
  • pour le trouble obsessionnel compulsif : 0.7% (prévalence d'un an)

Il faut noter également que les troubles anxieux sont deux fois plus fréquents chez les femmes que chez les hommes.

Conclusion

Si vous avez la sensation d’être constamment ou très souvent anxieux et que cela commence à avoir un impact sur votre vie, comprendre la définition et les symptômes du trouble anxieux peut vous aider à déterminer s’il est temps d’agir. 

Si vous pensez que vos craintes pourraient être liées à une (ou éventuellement plusieurs) forme de trouble anxieux, la meilleure chose à faire est de demander l'avis d'un psychiatre. 

Enfin, en cas de diagnostic d’un trouble anxieux, les statistiques ci-dessus vous prouvent que vous n'êtes pas un cas isolé. Les troubles anxieux n'ont rien de honteux, ils ne sont pas un signe de faiblesse, et avec le bon traitement, il est tout à fait possible de se rétablir et de vivre une vie sereine.